Optimiser sa puissance souscrite d’électricité : la méthode
La puissance souscrite est l’un des rares postes de la facture que l’on peut réduire sans changer de fournisseur ni de prix. Elle détermine une grande partie du coût d’acheminement. Mal réglée, elle coûte de l’argent chaque mois, dans un sens comme dans l’autre. Voici comment la régler à partir de vos données réelles.
Ce que vous payez avec la puissance souscrite
La puissance souscrite est la puissance maximale que votre site peut appeler sur le réseau, exprimée en kilovoltampères (kVA) ou en kilowatts (kW) selon le raccordement. Elle figure dans votre contrat d’acheminement et sert de base à la part fixe du tarif d’utilisation des réseaux (TURPE), facturée que vous consommiez ou non.
Le principe est simple : plus la puissance souscrite est élevée, plus la part fixe est chère. Mais si la puissance réellement appelée la dépasse, d’autres coûts apparaissent.
| Raccordement | Ce qui se passe en cas de dépassement |
|---|---|
| Basse tension jusqu’à 36 kVA | Le disjoncteur coupe l’alimentation : pas de pénalité, mais une interruption |
| Basse tension au-delà de 36 kVA | Pas de coupure : des composantes de dépassement sont facturées selon le volume et la durée |
| Haute tension HTA | Dépassements calculés au pas de 10 minutes sur la courbe de charge, par plage horaire |
Les deux erreurs les plus coûteuses
La première est la puissance surdimensionnée. Elle est très fréquente : la puissance a été fixée à la mise en service, souvent avec une marge de sécurité, puis jamais revue alors que l’activité, les équipements ou les horaires ont changé. Le site paie chaque mois pour une capacité qu’il n’utilise pas.
La seconde est la puissance sous-dimensionnée, au-delà de 36 kVA : les dépassements répétés finissent par coûter plus cher que la part fixe économisée. Elle se repère en lisant les lignes de dépassement sur les factures.
Dans les deux cas, le bon réglage ne se devine pas : il se calcule sur la courbe de charge réelle du site.
Étape 1 : récupérer douze mois de courbe de charge
La courbe de charge enregistre la puissance appelée à intervalles réguliers : toutes les 30 minutes pour un compteur Linky dont la collecte est activée, toutes les 5 minutes au-delà de 36 kVA, haute tension comprise. Elle est collectée par Enedis et peut être transmise à un tiers sur mandat de votre part.
Douze mois sont nécessaires pour couvrir toutes les saisons : un site qui chauffe ou climatise n’a pas les mêmes pointes en janvier et en juillet. Une analyse sur trois mois d’été conduirait à sous-dimensionner la puissance.
Étape 2 : lire les pointes, pas la moyenne
Ce qui compte pour la puissance, ce n’est pas la consommation moyenne mais les pointes. Trois lectures sont utiles :
- la pointe de chaque mois, pour repérer la saisonnalité ;
- la courbe classée, qui trie toutes les mesures de la plus forte à la plus faible et montre combien de temps le site passe au-dessus de chaque niveau ;
- les jours les plus chargés, pour comprendre ce qui provoque les pointes : démarrage simultané de machines, chauffage au lever, recharge de véhicules.
Étape 3 : simuler chaque puissance possible
La bonne puissance est celle qui minimise le coût total sur l’année : part fixe plus dépassements éventuels. Pour la trouver, il faut rejouer les douze mois de courbe de charge sur chaque puissance de la grille et calculer, pour chacune, la part fixe et les dépassements selon les règles du TURPE en vigueur.
Au-delà de 36 kVA en basse tension, et surtout en haute tension, la puissance peut être souscrite différemment selon les plages horaires. Les puissances doivent alors respecter un ordre croissant entre les plages ; la simulation doit en tenir compte.
Gardez une marge raisonnable pour les évolutions prévues : nouvelle machine, extension, électrification d’un usage. Optimiser ne veut pas dire régler au plus juste sans anticiper.
Étape 4 : demander la modification
La modification de puissance se demande auprès de votre fournisseur, qui la transmet au gestionnaire de réseau. Elle peut donner lieu à une intervention technique et à des frais selon le raccordement. Les conditions de modification, notamment la fréquence autorisée, sont encadrées : vérifiez-les avant de demander une baisse, en particulier si la puissance a déjà été modifiée récemment.
Après la modification, surveillez les premières factures : la part fixe doit baisser dès la période suivante, et l’absence de dépassement doit être confirmée sur les mois les plus chargés.
Automatiser l’analyse
Ezper récupère la courbe de charge de vos compteurs auprès d’Enedis, rejoue douze mois de pointes sur chaque puissance possible selon le TURPE en vigueur, y compris en haute tension avec ses cinq plages horaires, et chiffre la recommandation en euros par an. Le rapport de puissance contient un simulateur interactif et la demande de modification prête à envoyer au fournisseur.
Questions fréquentes
Comment savoir si ma puissance souscrite est trop élevée ?
Comparez la puissance souscrite aux pointes réellement atteintes sur douze mois de courbe de charge. Si le site reste très en dessous presque toute l’année, la puissance est probablement surdimensionnée.
Que se passe-t-il en cas de dépassement de puissance ?
Jusqu’à 36 kVA, le disjoncteur coupe. Au-delà, des composantes de dépassement sont facturées ; en haute tension, elles sont calculées au pas de 10 minutes.
Combien peut-on économiser en baissant sa puissance ?
Cela dépend de l’écart entre la puissance souscrite et les besoins réels. Le calcul doit comparer, sur une année, la part fixe économisée aux éventuels dépassements.
Où trouver sa courbe de charge ?
Elle est enregistrée par le compteur et collectée par Enedis. Vous pouvez la consulter dans votre espace client Enedis ou autoriser un tiers à la récupérer par mandat.
Pour aller plus loin
L’optimisation des puissances dans Ezper