Le TURPE, tarif d'acheminement de l'électricité
La redevance versée à Enedis et RTE pour transporter l'électricité jusqu'à votre compteur — environ 28% de la facture, hors fourniture.
Par Joris Oliva-Perez, fondateur et président d’Ezper · Mis à jour le 28 octobre 2026
Définition
L'électricité doit être acheminée depuis son lieu de production jusqu'à chaque site de consommation, sur deux réseaux distincts. Le réseau de transport achemine l'électricité sur de longues distances, en très haute et haute tension, pour limiter les pertes en ligne. Il alimente aussi directement les très gros sites industriels raccordés en HTB. Il est géré par RTE (Réseau de transport d'électricité). Le réseau de distribution achemine ensuite l'électricité jusqu'aux compteurs finaux, en moyenne et basse tension. Il est géré par Enedis, qui couvre environ 95 % du territoire, et par une centaine d'entreprises locales de distribution (ELD), souvent des régies municipales historiques.
Ces deux activités, transport et distribution, sont rémunérées par un tarif régulé : le TURPE, tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité. Ce n'est pas une taxe (l'argent ne va pas à l'État) : c'est le prix payé pour emprunter une infrastructure de réseau, fixé par un régulateur indépendant, la CRE (Commission de régulation de l'énergie).
Le TURPE n'est pas une taxe : aucune part ne va à l'État.
Qui fixe le TURPE, et à quelle fréquence
La CRE mène des consultations publiques auprès des acteurs concernés (fournisseurs, consommateurs, gestionnaires de réseaux) avant de fixer le TURPE. Ses délibérations peuvent faire l'objet d'un recours devant le Conseil d'État. Deux calendriers règlent son évolution :
- La méthode de calcul est revue environ tous les 4 ans (TURPE 6 en août 2021, puis TURPE 7, en vigueur depuis le 1er août 2025 pour une période d'environ quatre ans). C'est la CRE qui fixe, par délibération, la méthode et les tarifs ; le ministre chargé de l'énergie peut seulement lui demander une nouvelle délibération (article L341-3 du code de l'énergie).
- Le montant est réajusté chaque 1er août, sans changer la méthode : la CRE applique l'inflation et corrige les écarts entre les recettes et les charges réelles des gestionnaires de réseaux et leurs prévisions. Le pourcentage d'évolution est publié chaque année dans une délibération de la CRE.
Les 4 principes qui structurent le TURPE
- La péréquation tarifaire : le TURPE est identique partout en France, qu'un site soit en centre-ville ou en zone rurale isolée. C'est un principe de solidarité territoriale prévu par le code de l'énergie.
- Le « timbre-poste » : le coût d'acheminement ne dépend pas de la distance parcourue par l'électricité entre la centrale et le compteur, comme le prix d'un timbre ne dépend pas de la destination de la lettre.
- L'horosaisonnalité : les tarifs varient selon la saison et l'heure de la journée, pour refléter le coût du réseau à chaque instant (renforcer le réseau pour la pointe hivernale coûte plus cher qu'une nuit d'été).
- La puissance souscrite et l'énergie soutirée : à tarif égal partout, ce sont les deux paramètres propres à chaque contrat qui font varier le montant payé par un site.
La grille tarifaire C5 (valeurs indicatives)
Pour un site professionnel raccordé en basse tension ≤ 36 kVA (segment C5, la grande majorité des TPE et PME), la part fixe du TURPE se décompose en trois éléments : une composante de gestion, une composante de comptage et une composante proportionnelle à la puissance souscrite, qui dépend de l'option tarifaire choisie.
Les valeurs ci-dessous sont des ordres de grandeur utilisés pour l'exemple. Les montants exacts en vigueur figurent dans la brochure tarifaire TURPE 7 publiée par Enedis, mise à jour chaque 1er août.
| Composante | Option Base | Option Heures Creuses |
|---|---|---|
| Composante de gestion (par an) | 17,12 € | 17,12 € |
| Composante de comptage (par an) | 22,67 € | 22,67 € |
| Composante par kVA souscrit (par an) | 10,42 €/kVA | 12,49 €/kVA |
Exemple chiffré complet
Pour un site de 12 kVA en option Heures Creuses : part fixe = 17,12 + 22,67 + (12 × 12,49) = 189,67 €/an. Pour un site de 36 kVA (le maximum du segment C5), toujours en Heures Creuses : part fixe = 17,12 + 22,67 + (36 × 12,49) = 489,43 €/an, soit près de 2,6 fois plus : seule la composante liée aux kVA est proportionnelle à la puissance souscrite.
C'est ce qui rend l'ajustement de la puissance souscrite à son besoin réel aussi payant. Passer de 36 à 24 kVA sur un site qui n'a jamais besoin de plus économise (36 − 24) × 12,49 = 149,88 €/an, rien qu'en part fixe.
Sur une facture annuelle de 1 500 € HT pour un site à 12 kVA, cette part fixe (189,67 €) représente déjà 12,6 % du total, avant même d'ajouter la part variable au kWh, elle aussi facturée au tarif TURPE et différenciée selon les heures.
Part fixe = 17,12 + 22,67 + (kVA × 12,49). Seule la composante liée aux kVA est proportionnelle à la puissance souscrite.
La segmentation C1 à C5
Les segments C1 à C5 sont ceux du réseau de distribution géré par Enedis. Ils dépendent du niveau de tension, de la puissance et du type de contrat. Les sites raccordés en HTB relèvent du réseau de transport géré par RTE (contrat CART) et non d'un segment Enedis.
| Segment | Puissance | Tension | Profil type |
|---|---|---|---|
| C5 | ≤ 36 kVA | Basse tension | TPE, PME, commerces (ex-tarif Bleu) |
| C4 | > 36 kVA | Basse tension | Ateliers, sites tertiaires et industriels moyens (ex-tarif Jaune) |
| C3 | Selon le site | HTA | Sites HTA en contrat unique |
| C2 | Selon le site | HTA | Sites HTA en contrat unique |
| C1 | Selon le site | HTA | Contrat d'accès direct au réseau de distribution (CARD) |
Longueur des barres : schéma indicatif, non à l'échelle linéaire.
Levier d'action : ajuster la puissance souscrite
La composante liée aux kVA étant proportionnelle à la puissance souscrite (voir l'exemple ci-dessus), c'est le principal levier d'économie directement actionnable par une entreprise, à condition de ne pas descendre sous son vrai besoin, au risque de payer des dépassements.
Une puissance mal calibrée (trop haute à l'origine, ou devenue trop haute après un changement d'activité) est l'une des anomalies les plus fréquentes sur les factures professionnelles. C'est l'objet du simulateur de puissance d'Ezper, qui compare la puissance souscrite à la pointe réellement mesurée sur 12 mois glissants.
L'abattement TURPE : une réduction possible sous conditions
Les sites industriels électro-intensifs peuvent bénéficier d'un abattement (réduction) du TURPE en échange d'engagements de performance énergétique, notamment la remise d'un plan de performance énergétique fixant un objectif à 5 ans. Ce dispositif cible les sites à très forte consommation : il ne concerne pas les TPE et PME du segment C5, pour qui le vrai levier reste l'ajustement de la puissance souscrite.
Historique des versions
Créé en 2000 lors de la séparation des activités de production et de fourniture d'une part, de transport et de distribution d'autre part, le TURPE en est à sa 7e version. Le 1er février 2025, une hausse exceptionnelle de 7,70 % a été appliquée au TURPE 6 avant l'entrée en vigueur du TURPE 7.
| Version | Période | Point marquant |
|---|---|---|
| TURPE 5 | 2017 - juillet 2021 | Avant-dernière grande réforme de méthode |
| TURPE 6 | Août 2021 - juillet 2025 | Renforcement de la régulation incitative des gestionnaires de réseaux |
| TURPE 7 | Depuis le 1er août 2025, pour environ 4 ans | Version actuelle, révisée chaque 1er août |
Foire aux questions
Le TURPE est-il le même chez tous les fournisseurs ? Oui, c'est un tarif régulé identique pour tous : seule la part fourniture (le prix de l'énergie elle-même) varie d'un fournisseur à l'autre.
Que se passe-t-il en cas de dépassement de puissance ? Une composante de dépassement s'ajoute à la facture. Son mode de calcul dépend du segment et figure dans la brochure tarifaire TURPE 7 d'Enedis. C'est une raison supplémentaire de ne pas viser une puissance trop juste.
Qu'est-ce que l'énergie réactive ? C'est l'énergie échangée avec le réseau sans produire de travail utile, générée notamment par les moteurs et les transformateurs. Un mauvais facteur de puissance (cos φ) déclenche une composante d'énergie réactive (CER) supplémentaire pour les sites concernés : un poste souvent négligé qui mérite un contrôle régulier.
Qui paie réellement le TURPE ? En contrat unique, le fournisseur d'électricité paie le TURPE au gestionnaire de réseau puis le répercute sur la facture du client. Le gestionnaire de distribution reverse ensuite au gestionnaire de transport la part qui lui revient.