Les DJU (Degrés-Jours Unifiés) et la correction climatique
Les degrés-jours unifiés (DJU) mesurent la rigueur climatique d'une période pour évaluer les besoins de chauffage ou de climatisation. Ils permettent de comparer les consommations d'une année sur l'autre, notamment pour le décret tertiaire (OPERAT) et les contrats de performance énergétique.
Par Joris Oliva-Perez, fondateur et président d’Ezper · Mis à jour le 28 octobre 2026
Les DJU : définition et fondements physiques
Le degré-jour unifié (DJU) est la mesure de référence en France de la rigueur climatique d'une période. Il cumule les écarts journaliers entre un seuil de référence de 18 °C et la température extérieure moyenne : en dessous de ce seuil, un bâtiment courant a besoin de chauffage (environ 19 °C de confort intérieur, moins les apports gratuits des occupants et des équipements).
Un jour où la température moyenne est de 10 °C compte 18 − 10 = 8 DJU. Un jour de canicule à 25 °C compte 0 DJU de chauffage. La somme des DJU journaliers sur la saison de chauffage reflète le besoin théorique d'énergie pour chauffer les bâtiments.
En France, ce total annuel va de moins de 1 500 DJU sur le littoral méditerranéen à plus de 3 000 DJU dans les zones de montagne. L'indicateur symétrique, le degré-jour de froid (DJF), mesure les besoins de rafraîchissement au-delà d'un seuil de température : il est utile pour les bâtiments climatisés.
Méthode COSTIC ou méthode Météo-France : laquelle utiliser ?
Deux méthodes coexistent pour calculer les DJU journaliers à partir des températures minimale (Tmin) et maximale (Tmax) de la journée.
La méthode Météo-France (simplifiée) : DJU = max(0 ; 18 − (Tmin + Tmax) / 2). Elle est simple à calculer, mais moins précise les jours de mi-saison où la température oscille autour de 18 °C.
La méthode COSTIC distingue trois cas selon la position de 18 °C dans l'amplitude thermique de la journée :
- si Tmax ≤ 18 °C : DJU = 18 − (Tmin + Tmax) / 2 ;
- si Tmin ≥ 18 °C : DJU = 0 ;
- si Tmin < 18 °C < Tmax : DJU = (18 − Tmin) × [0,08 + 0,42 × (18 − Tmin) / (Tmax − Tmin)].
La méthode COSTIC est la référence de la profession pour les contrats de performance énergétique (CPE) et le suivi énergétique. Elle est plus précise en intersaison, ce qui compte dans les régions méditerranéennes ou océaniques où les transitions sont longues. Pour un suivi mensuel courant, la méthode Météo-France suffit : l'écart entre les deux méthodes sur une année est en général de quelques pourcents.
| Méthode | Formule | Précision | Usage principal |
|---|---|---|---|
| Météo-France | 18 − (Tmin + Tmax) / 2 si positif | Écart de quelques % avec COSTIC sur l'année | Suivi courant |
| COSTIC | 3 cas selon la position de 18 °C | Référence | CPE, suivi énergétique |
Méthode de référence de la profession pour les CPE et le suivi énergétique. OPERAT applique sa propre méthode de modulation climatique (arrêté du 10 avril 2020).
DJU normaux par ville : la carte climatique de la France
Les DJU normaux (moyenne sur 30 ans, base 18 °C) sont les valeurs de référence pour corriger les consommations et comparer les bâtiments. Ils varient fortement selon la localisation et l'altitude. Les valeurs ci-dessous sont des ordres de grandeur ; pour un calcul réglementaire ou contractuel, il faut utiliser les valeurs de la station de référence et de la période retenues.
Les zones climatiques indiquées sont celles de la réglementation environnementale RE2020 (arrêté du 4 août 2021, mêmes zones que la RT 2012) :
- Nord-Est (zone H1b) : Strasbourg, Nancy, Metz.
- Bassin parisien et Nord : Paris, Lille et Caen sont en zone H1a.
- Rhône : Lyon est en zone H1c.
- Bretagne (zone H2a) : Brest, Rennes.
- Façade atlantique et Sud-Ouest : Nantes (H2b), Bordeaux et Toulouse (H2c).
- Méditerranée (zone H3) : Montpellier, Marseille, Toulon.
L'altitude augmente nettement les DJU : Grenoble affiche davantage de DJU que Lyon, à latitude comparable.
| Ville | DJU18 normaux (ordre de grandeur) | Zone RE2020 | Particularité |
|---|---|---|---|
| Strasbourg | 2 706 | H1b | Influence continentale |
| Paris (Montsouris) | Environ 2 200 à 2 400 selon la période de référence | H1a | Station de référence en Île-de-France |
| Lyon | 2 499 | H1c | Couloir rhodanien |
| Bordeaux | 2 037 | H2c | Océanique tempéré |
| Marseille | 1 627 | H3 | Mistral et ensoleillement |
| Brest | 1 990 | H2a | Océanique doux, pluvieux |
Ordres de grandeur, base 18 °C. Pour un calcul réglementaire ou contractuel, utiliser la station et la période de référence retenues. Zones climatiques RE2020.
Correction climatique des consommations : la formule de base
La correction climatique neutralise l'effet d'une année plus froide ou plus chaude que la normale, pour comparer des consommations sur des bases équitables. La formule de base est :
Consommation corrigée = consommation réelle × (DJU normaux / DJU réels)
Si l'hiver a été plus doux que la normale (DJU réels < DJU normaux), la consommation corrigée est supérieure à la consommation réelle : on reconstitue la consommation qu'on aurait eue par temps normal.
Cette correction ne s'applique qu'aux usages sensibles au climat (chauffage, climatisation). Si le bâtiment a une part de consommation indépendante du climat (eau chaude, éclairage, équipements), il faut la déduire avant correction. La méthode plus précise utilise une régression linéaire, la signature énergétique : Conso = a × DJU + b, où b représente la consommation hors chauffage et a la sensibilité au climat. La consommation corrigée vaut alors a × DJU normaux + b.
Pour le décret tertiaire, OPERAT applique automatiquement la méthode de modulation climatique définie par l'arrêté du 10 avril 2020 (modifié). Pour les CPE, la correction par les DJU est la variable d'ajustement contractuelle qui garantit la neutralité climatique des résultats.
Le tableau ci-dessous est un exemple fictif.
| Année | Conso réelle (kWh) | DJU réels | DJU normaux | Conso corrigée (kWh) |
|---|---|---|---|---|
| Année A (hiver doux, exemple fictif) | 180 000 | 2 100 | 2 400 | 205 714 |
| Année B (hiver normal, exemple fictif) | 210 000 | 2 390 | 2 400 | 210 879 |
| Année C (hiver rigoureux, exemple fictif) | 245 000 | 2 650 | 2 400 | 221 887 |
Signature énergétique : interpréter les résultats
La signature énergétique est la droite de régression qui relie la consommation mensuelle (kWh) aux DJU du même mois. Elle s'écrit Conso = a × DJU + b, où a (la pente, en kWh/DJU) mesure la sensibilité du bâtiment au climat et b (l'ordonnée à l'origine, en kWh) la consommation incompressible hors chauffage.
La pente a peut être convertie en déperditions thermiques (W/K) : déperditions = a × 1 000 / 24. Un bâtiment de bureaux de 1 000 m² avec a = 600 kWh/DJU a des déperditions de 600 × 1 000 / 24 = 25 000 W/K, soit 25 W/K par m², une valeur médiocre. Après isolation, si a tombe à 300 kWh/DJU, les déperditions sont divisées par deux.
Une ordonnée b élevée signale des consommations de chauffage même en été (mauvaise régulation, chaufferie qui tourne hors saison) ou des besoins d'eau chaude importants. Un coefficient de détermination R² inférieur à 0,85 signale une mauvaise corrélation entre DJU et consommation : le bâtiment a probablement d'autres déterminants (occupation, équipements) ou des données erronées.
Outil de suivi dans Ezper : graphique consommation mensuelle vs DJU réels + droite de tendance (R²).
CNS et suivi interannuel : l'indicateur de pilotage
Le coefficient normalisé de suivi (CNS), exprimé en kWh/DJU, est un indicateur utile pour le suivi d'une année sur l'autre : CNS = consommation de chauffage annuelle (kWh) / DJU réels annuels.
- Un CNS stable indique que la performance du bâtiment n'évolue pas.
- Un CNS en baisse confirme un progrès réel (meilleure isolation, meilleure régulation, comportements des occupants).
- Un CNS en hausse signale une dérive (fuite thermique, panne de régulation, surconsommation).
Exemple : un bâtiment de bureaux dont le CNS reste à 90 kWh/DJU avant et après des travaux d'isolation pose question sur l'efficacité réelle des travaux.
Le CNS aide aussi à préparer un budget : en multipliant le CNS historique par des DJU attendus pour la saison à venir, on obtient une estimation de la consommation de chauffage, utile pour les achats d'énergie et la trésorerie.
Sources de données DJU en France : où se procurer les données
Plusieurs sources donnent accès aux DJU, avec des niveaux de précision et de coût différents :
- COSTIC (Centre d'études et de formation pour le génie climatique) : données de référence pour de nombreuses stations, sur abonnement payant. Utile pour les CPE.
- SDES (service des données et études statistiques du ministère chargé de l'environnement) : DJU annuels et mensuels par département, en accès gratuit.
- Cegibat (GRDF) : calculateur en ligne gratuit, fondé sur les données Météo-France, pour une ville et une période données.
- Infoclimat : températures journalières en données ouvertes pour de nombreuses stations, à partir desquelles on peut calculer ses propres DJU (usage non commercial gratuit).
- Météo-France : données climatologiques historiques, en partie en accès libre et en partie payantes pour les professionnels.
- OPERAT : la plateforme applique automatiquement la modulation climatique lors de la déclaration annuelle.
| Source | Coût | Fréquence | Usage principal |
|---|---|---|---|
| COSTIC | Abonnement payant | Décadaire | CPE, référentiels |
| SDES | Gratuit | Mensuel et annuel | Analyses comparatives |
| Cegibat (GRDF) | Gratuit | Mensuel à la demande | Calculs ponctuels |
| Infoclimat | Gratuit (usage non commercial) | Journalier brut | Calcul de DJU sur mesure |
| OPERAT | Gratuit (dans la plateforme) | Annuel, automatique | Correction pour le décret tertiaire |
DJU et décret tertiaire : la correction dans OPERAT
Dans le cadre du décret tertiaire, OPERAT applique automatiquement la méthode de modulation climatique définie par l'arrêté du 10 avril 2020 (modifié), à partir des données de la station climatique associée au site, avant de comparer la consommation aux objectifs (en valeur relative ou en valeur absolue).
Cette correction joue en faveur ou en défaveur de l'assujetti selon l'année. Une année plus douce que la normale fait monter la consommation corrigée au-dessus de la consommation réelle ; une année plus froide la fait baisser.
Il ne faut donc pas confondre la consommation brute (facturée) et la consommation corrigée (celle qui compte pour OPERAT). Un site peut voir sa consommation brute baisser mais sa consommation corrigée stagner si l'année a été plus douce que la normale, ce qui donne une impression trompeuse de progrès. Intégrer les DJU dans le suivi mensuel, et pas seulement lors de la déclaration annuelle, permet d'anticiper ce résultat.