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Réseau & acheminement

La puissance souscrite et les dépassements

La puissance souscrite est le niveau de puissance maximale prévu dans le contrat d'accès au réseau. Elle détermine une part importante du TURPE, et la dépasser entraîne une facturation supplémentaire.

5périodes tarifaires pour souscrire la puissance en HTA (pointe, HPH, HCH, HPE, HCE)

Par Joris Oliva-Perez, fondateur et président d’Ezper · Mis à jour le 28 octobre 2026

La puissance souscrite dans le TURPE : définition et enjeux

La puissance souscrite est la puissance maximale, en kVA ou en kW, que le gestionnaire du réseau (Enedis en basse tension et en HTA, RTE en HTB) met à disposition d'un point de livraison. Elle détermine la capacité mise à disposition et sert de base au calcul d'une part importante du TURPE.

  • En BT ≤ 36 kVA, la puissance souscrite correspond à un palier choisi dans le contrat (3, 6, 9, 12, 15, 18, 24, 30 ou 36 kVA).
  • En BT > 36 kVA et en HTA (haute tension A, de 1 à 50 kV), la puissance est souscrite par période tarifaire (pointe, heures pleines et heures creuses d'hiver, heures pleines et heures creuses d'été).

La puissance souscrite doit être calibrée avec précision : trop basse, elle génère des dépassements coûteux ; trop haute, elle représente un surcoût fixe injustifié. Pour un site professionnel, la part liée à la puissance pèse souvent davantage dans la facture réseau que la part liée à l'énergie acheminée.

Dépassements de puissance : une facturation au carré

En HTA, le dépassement de la puissance souscrite est facturé de façon dissuasive. La composante mensuelle de dépassement de puissance souscrite (CMDPS) est proportionnelle à la racine de la somme des carrés des dépassements mesurés par pas de 10 minutes :

CMDPS = α × √(Σ ΔP²), où ΔP est le dépassement mesuré sur chaque pas de 10 minutes et α un coefficient fixé par la grille TURPE.

Cette formule pénalise davantage un gros dépassement que plusieurs petits. En BT > 36 kVA, une composante de dépassement s'applique aussi, selon les modalités de la grille TURPE 7 publiée par Enedis.

La mise en place d'un délestage automatique (relais de délestage, automate de contrôle de puissance) permet d'éviter ces dépassements en coupant des charges non prioritaires dès que la puissance souscrite est approchée.

Comment déterminer la puissance souscrite optimale

Le calibrage de la puissance souscrite nécessite une analyse de la courbe de charge sur au moins 12 mois, idéalement 24 mois pour couvrir les variations saisonnières. La méthode en 5 étapes :

  • Étape 1 : récupérer la courbe de charge auprès d'Enedis (avec le mandat du client) ou à partir des données du compteur Linky.
  • Étape 2 : calculer le 95e centile des puissances mesurées, qui donne la puissance réellement atteinte hors pics ponctuels.
  • Étape 3 : identifier les pics inhabituels (démarrages de moteurs, pics de procédé) et vérifier s'ils sont évitables.
  • Étape 4 : simuler le coût total (part puissance, énergie et dépassements) pour plusieurs valeurs de puissance souscrite autour de ce 95e centile.
  • Étape 5 : comparer avec le coût d'actions de maîtrise de la pointe (effacement, décalage de charges, variateurs de vitesse pour le démarrage progressif des moteurs).

Le bon choix équilibre le coût de la puissance supplémentaire et le coût des dépassements évités. Viser entre le 90e et le 97e centile des puissances mesurées est souvent un bon compromis, à confirmer par la simulation.

StratégiePuissance souscriteRisque de dépassementCoût de la part puissance
Sous-calibrage volontaireP80ÉlevéBas, mais dépassements fréquents
Calibrage équilibréP90 à P97FaibleÉquilibré
Sur-calibrage de sécuritéP99 à P100Quasi nulÉlevé, coût fixe inutile
Avec effacement automatiqueP80 et automateQuasi nulBas, plus le coût de l'automate
FIG. 18.1Calibrage optimal de la puissance souscrite
ANALYSE CDC 12 MOISIdentifier la vraie pointeLa puissance optimale = 95e percentile des appels de puissance mesurés sur 12 mois glissants.
MARGE DE SÉCURITÉ+5 à +10 %Une marge raisonnable évite les dépassements fréquents sans sur-souscrire. Ajuster annuellement.
COÛT DE SOUS-SOUSCRIPTIONFacturation au carréEn HTA, CMDPS = α × √(Σ ΔP²) par pas de 10 minutes : un gros dépassement coûte plus cher que plusieurs petits.
COÛT DE SUR-SOUSCRIPTIONChaque kVA inutilisé facturéEn HTA, chaque kW souscrit inutilisé se paie toute l'année via la part puissance du TURPE.

Optimum = minimiser (coût dépassement × probabilité) + coût souscription excédentaire. Revoir la puissance chaque année.

Saisonnalité et modulation de puissance

En HTA, la puissance peut être souscrite différemment selon les périodes tarifaires du TURPE : pointe, heures pleines d'hiver (HPH), heures creuses d'hiver (HCH), heures pleines d'été (HPE) et heures creuses d'été (HCE). Les puissances souscrites doivent être croissantes dans cet ordre : pointe ≤ HPH ≤ HCH ≤ HPE ≤ HCE. La puissance d'été est donc au moins égale à celle d'hiver.

Exemple : un site dont la consommation est plus élevée en été (climatisation, process saisonnier) peut souscrire par exemple 200 kW en hiver et 400 kW en été, les puissances devant être croissantes de la pointe vers les heures creuses d'été.

La modification de la puissance souscrite se demande auprès du fournisseur en contrat unique (qui la transmet à Enedis) ou directement auprès d'Enedis en contrat d'accès au réseau. Les baisses de puissance sont encadrées par le TURPE, qui les limite en principe à une par période de 12 mois. La revue annuelle de la puissance souscrite doit faire partie de la gestion courante de l'énergie.

Courbe de charge et identification des pics : lecture pratique

La courbe de charge est l'outil de base pour analyser les comportements de consommation et calibrer la puissance souscrite. En BT > 36 kVA et en HTA, Enedis mesure la puissance par pas de 10 minutes. Ces données sont accessibles avec le mandat du client, notamment dans Ezper lorsque le mandat de collecte est signé.

Les pics à identifier en priorité :

  • les démarrages simultanés de moteurs (compresseurs, climatiseurs, pompes), qui créent des pointes courtes et intenses ;
  • la mise en route des chauffages électriques en début de matinée en hiver ;
  • les pics de production (fours, presses, soudure) en milieu de journée.

Pour réduire ces pics sans investissement majeur : décaler les démarrages, équiper les moteurs de variateurs de vitesse (qui réduisent fortement le courant de démarrage) et programmer la gestion technique du bâtiment (GTB) pour interdire le démarrage simultané de plusieurs charges lourdes. Le suivi du facteur de puissance (cos φ, rapport entre puissance active et puissance apparente) permet aussi d'optimiser la compensation de l'énergie réactive, autre source de surcoût dans le TURPE.

Énergie réactive et facteur de puissance : le coût caché

L'énergie réactive (en kVArh) est la part de l'énergie électrique qui sert à créer les champs magnétiques dans les moteurs, transformateurs et lampes à décharge : elle ne produit pas de travail utile mais circule dans le réseau. Pour les sites concernés (BT > 36 kVA et HTA), Enedis la facture lorsque le rapport tan φ dépasse 0,4 (soit un cos φ inférieur à environ 0,928) pendant les périodes de contrôle. Le prix du kVArh en vigueur figure dans la brochure tarifaire TURPE 7 d'Enedis, mise à jour chaque 1er août.

Pour un site équipé de nombreux moteurs, ce poste peut représenter plusieurs milliers d'euros par an. La solution est l'installation de condensateurs de compensation, qui fournissent localement l'énergie réactive et réduisent le soutirage sur le réseau. Le dimensionnement doit être fait par un bureau d'études électrique pour éviter les phénomènes de résonance liés aux harmoniques. Dans les sites récents équipés de variateurs et d'éclairage LED, le cos φ est souvent bon et la compensation n'est pas toujours nécessaire.

tan φcos φ équivalentFacturation réactiveAction recommandée
< 0,40> 0,928AucuneRien à faire
0,40 à 0,600,857 à 0,928ModéréeDiagnostic, compensation partielle
0,60 à 1,000,707 à 0,857SignificativeCompensation fixe et suivi par la GTB
> 1,00< 0,707Très élevéeCompensation automatique à prévoir rapidement
FIG. 18.2Énergie réactive et tg φ
ÉNERGIE ACTIVE (kWh)Travail utileÉnergie transformée en chaleur, lumière, mouvement. Seule énergie facturée en consommation.
ÉNERGIE RÉACTIVE (kVArh)Magnétisation des moteursNécessaire au fonctionnement des inductances. Facturée si tg φ > 0,4 (cos φ < 0,93).
TG φ SEUILSeuil de facturation : 0,4Au-delà, Enedis facture l'excédent réactif. Prix du kVArh : brochure TURPE 7 d'Enedis, mise à jour chaque 1er août.
COMPENSATIONBatterie de condensateursCondensateurs fixes ou automatiques ramènent le tg φ sous 0,4. ROI typique : 2–4 ans.

Référentiel : grille TURPE 7 (CRE), seuil tg φ = 0,4 en BT > 36 kVA et HTA pendant les périodes de contrôle.

Modification de puissance : démarches et délais

Modifier sa puissance souscrite est possible, mais soumis à des délais et parfois à des frais.

  • Augmentation : si la puissance demandée dépasse la capacité du branchement, Enedis peut imposer des travaux de renforcement, dont le coût est en tout ou partie à la charge du demandeur selon les règles de raccordement. Les délais vont de quelques semaines à plusieurs mois si des travaux sont nécessaires.
  • Réduction : en général possible via le fournisseur, dans les limites fixées par le TURPE (en principe une baisse par période de 12 mois). Attention aux clauses du contrat de fourniture qui peuvent prévoir une puissance minimale.
  • Changement de palier en BT ≤ 36 kVA : réalisé à distance sur un compteur Linky, en général rapidement.

En HTA, la modification passe par le contrat d'accès au réseau : le contrat unique conclu avec le fournisseur, ou le contrat CARD conclu directement avec Enedis. Lors d'une rénovation ou d'un changement d'activité, il faut anticiper ces délais pour éviter des dépassements.

Puissance souscrite et autoconsommation solaire

L'installation d'une centrale photovoltaïque en autoconsommation modifie le soutirage sur le réseau et peut justifier une réduction de la puissance souscrite. La production solaire couvre une partie de la demande pendant les heures d'ensoleillement, ce qui réduit les pics de soutirage à ces moments-là.

Cependant, les pics de consommation les plus élevés surviennent souvent en dehors des heures de production (tôt le matin, le soir, la nuit, les jours couverts en hiver) : la puissance souscrite ne peut donc pas être réduite proportionnellement à la puissance installée.

La bonne démarche consiste à simuler la courbe de charge nette (consommation moins production solaire, heure par heure) sur 12 mois, puis à recalculer le 95e centile de cette courbe nette. Le gain possible dépend fortement du profil du site. En autoconsommation collective ou avec stockage, les possibilités de réduction sont plus importantes, mais la modélisation est plus complexe.

Source : CRE, délibération n° 2025-40 du 4 février 2025 (TURPE 7 HTA-BT) ; Enedis, brochure tarifaire TURPE 7Mise à jour le 28 octobre 2026

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