L'autoconsommation photovoltaïque
Produire et consommer sa propre électricité solaire : ce que change la réforme du tarif d'achat de juin 2026.
Par Joris Oliva-Perez, fondateur et président d’Ezper · Mis à jour le 28 octobre 2026
Définition
L'autoconsommation photovoltaïque consiste à consommer directement, sur son propre site, l'électricité produite par des panneaux solaires, plutôt que de la réinjecter sur le réseau public pour la revendre. Le surplus non consommé sur place peut être vendu à EDF Obligation d'Achat (EDF OA) dans le cadre d'un contrat de 20 ans, ou valorisé autrement dans une opération collective.
En 2026, la logique économique du dispositif a été rebattue : autoconsommer un kilowattheure rapporte aujourd'hui beaucoup plus que le revendre au réseau. C'est l'inverse de la situation d'il y a quelques années, quand la revente était le principal levier de rentabilité d'une installation.
La réforme du 5 juin 2026 : un tournant majeur
L'arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel le 4 juin, modifie l'arrêté tarifaire « S21 » du 6 octobre 2021, qui fixe les conditions d'achat de l'électricité des installations sur bâtiment, hangar ou ombrière. Il s'applique depuis le 5 juin 2026. Son objectif, selon l'avis de la CRE sur le projet, est de ralentir le développement du photovoltaïque soutenu par le guichet ouvert et de le réorienter vers l'autoconsommation.
- Le tarif d'achat du surplus devient un tarif unique de 1,1 c€/kWh hors TVA, indexé de 2 % par an et versé pendant 20 ans à compter de la mise en service. Avant la réforme, il était de 4,00 c€/kWh pour les installations de 9 kWc ou moins.
- Le soutien est recentré sur l'autoconsommation. D'après l'avis de la CRE, le projet d'arrêté prévoyait aussi la suppression de la prime à l'investissement : vérifiez auprès d'EDF OA les conditions exactes applicables à votre projet.
- Pour les installations de 9 kWc ou moins, seule la vente avec injection du surplus reste éligible. La vente en totalité leur était déjà fermée depuis l'arrêté du 26 mars 2025.
Pour un projet en cours, le tarif applicable dépend de la date de la demande complète de raccordement : il faut donc vérifier cette date avant de refaire les calculs de rentabilité.
Avant / après la réforme
L'ampleur du changement se mesure dans les chiffres (installations de 9 kWc ou moins) :
| Paramètre | Avant le 5 juin 2026 | Depuis le 5 juin 2026 |
|---|---|---|
| Tarif d'achat du surplus | 4,00 c€/kWh | 1,1 c€/kWh HT, indexé de 2 % par an |
| Prime à l'investissement | 8 c€/Wc, soit 80 €/kWc | Suppression prévue par le projet d'arrêté (avis CRE n° 2026-92) |
| Vente en totalité | Non éligible depuis l'arrêté du 26 mars 2025 | Non éligible |
Arrêté tarifaire du 1er juin 2026 modifiant l'arrêté « S21 » du 6 octobre 2021, publié au Journal officiel le 4 juin.
L'autoconsommation collective : mutualiser plusieurs sites
L'autoconsommation collective (ACC) permet à une centrale photovoltaïque d'alimenter plusieurs consommateurs distincts : un immeuble et ses voisins, ou plusieurs sites d'une même entreprise (on parle alors d'ACC « patrimoniale »). L'électricité continue d'emprunter le réseau public de distribution : il n'y a pas de câble direct entre le producteur et les consommateurs, mais une clé de répartition qui alloue la production entre les participants.
Ce modèle offre souvent une meilleure valorisation que la revente : le producteur peut vendre son électricité à ses voisins à un prix supérieur au tarif d'achat d'EDF OA, tout en restant moins cher que le prix payé par ces voisins à leur fournisseur. Un point à ne jamais oublier : le tarif d'utilisation du réseau (TURPE) reste dû sur tout kWh soutiré, même quand l'électricité est cédée gratuitement entre participants. Il existe toutefois, sur option, une grille TURPE spécifique pour les participants à une opération d'autoconsommation collective (article L. 315-3 du Code de l'énergie).
Valorisation intermédiaire : au-dessus du tarif EDF OA, en-dessous du tarif fournisseur des voisins.
Exemple chiffré
Prenons une entreprise qui achète son électricité 15 c€/kWh à son fournisseur et qui produit son électricité photovoltaïque pour un coût de revient de 5 à 6 c€/kWh. Chaque kilowattheure autoconsommé lui fait économiser 9 à 10 c€, contre seulement 1,1 c€ perçu si elle revend ce même kilowattheure à EDF OA.
Le rapport est donc d'environ 1 à 9 en faveur de l'autoconsommation. C'est pourquoi le dimensionnement d'une installation vise aujourd'hui d'abord à maximiser le taux d'autoconsommation, plutôt que la production brute.
D'où un dimensionnement qui vise le taux d'autoconsommation, non la production brute.
Foire aux questions
Une installation de 9 kWc ou moins peut-elle encore tout revendre au réseau ? Non. Ces installations ne sont éligibles qu'à l'autoconsommation avec vente du surplus, et ce depuis l'arrêté du 26 mars 2025.
Quelle distance maximale entre les participants d'une autoconsommation collective ? Dans une opération dite « étendue », la distance entre les deux participants les plus éloignés est en principe limitée à 2 km. Des dérogations permettent d'aller au-delà dans les zones périurbaines et rurales.
Faut-il refaire les calculs de rentabilité pour un projet déjà engagé avant juin 2026 ? Pas forcément. Le tarif applicable dépend de la date de la demande complète de raccordement : un projet déposé avant le 5 juin 2026 relève en principe des conditions antérieures. Vérifiez-le avec votre installateur ou auprès d'EDF OA.